L’ascenseur
Il est neuf heures du matin.
Le matin marque le début de la journée, baigné par une lumière douce et le chant des oiseaux. C’est un moment de renouveau où le monde s’éveille lentement. Pourtant, ce matin-là semblait comme les autres, du moins, c’est ce que je croyais. Mon réveil n’avait pas sonné, et j’étais déjà en retard.J’ai bondi hors du lit, attrapé mon sac en vitesse et couru vers l’ascenseur. J’ai toujours eu une peur irrationnelle de ces engins depuis l’enfance, cette sensation d’être enfermée entre quatre murs métalliques, suspendue dans le vide… Mais aujourd’hui, pas le temps de réfléchir. Il fallait que j’arrive à l’heure au travail.
J’ai appuyé sur le bouton d’appel. Un « ding » a retenti, et les portes se sont ouvertes dans un bruit mécanique. Je suis entrée et ai pressé le bouton du rez-de-chaussée. Les portes se sont refermées en silence, et l’ascenseur s’est mis en mouvement, descendant lentement.
Puis, soudain, un bruit étrange. Un craquement sec, presque un gémissement métallique. Une secousse a traversé la cabine, me faisant légèrement vaciller. Mon cœur a raté un battement. L’ascenseur s’est immobilisé brusquement, dans un silence oppressant.
Je suis restée figée, les yeux rivés sur les boutons illuminés du panneau de commande. Pas maintenant… Pas aujourd’hui ! Une sueur froide a glissé le long de ma nuque. J’ai appuyé plusieurs fois sur le bouton du rez-de-chaussée, sur celui d’ouverture des portes, sur n’importe quoi qui pourrait me sortir de là. Mais rien. L’ascenseur restait sourd à ma panique.
Ma respiration s’accélérait, et je sentais la peur monter en moi, comme une vague impossible à contenir. J’ai enfoncé mon doigt sur le bouton d’alarme, espérant une réponse rapide. Après de longues secondes d’attente, une voix grésillante s’est enfin fait entendre à travers le haut-parleur.
— Bonjour, je suis coincée dans l’ascenseur. Pouvez-vous m’aider, s’il vous plaît ?
— Oui, à quel étage êtes-vous ?
J’ai regardé le petit écran digital, mais il était éteint. Génial.
— Je… Je crois que j’ai descendu deux étages, donc je devrais être au troisième.
— D’accord. Vous êtes bien dans le bâtiment B ?
— Oui, c’est ça.
— Très bien, ne vous inquiétez pas, nous allons vous sortir de là.
Facile à dire… Mon ventre se tordait d’angoisse.
Un nouveau craquement retentit. Plus fort cette fois. Comme si quelque chose cédait au-dessus de moi. J’ai sursauté et plaqué mes mains sur ma bouche pour retenir un cri. L’ascenseur trembla légèrement, et j’eus l’impression qu’il pouvait tomber à tout moment.
Des voix résonnèrent soudain derrière la porte. Mon cœur se serra. Enfin !
— Mademoiselle ? Mademoiselle, vous m’entendez ?
J’ai fait un pas vers la porte pour répondre. Mais à l’instant où je bougeai, la cabine glissa légèrement vers le bas. Une sensation de vide m’a saisie, et la panique s’est emparée de moi.
— Je suis là ! Sortez-moi de là, je vous en supplie ! J’ai peur que l’ascenseur se décroche !
— Calmez-vous, mademoiselle, on va vous sortir de là. Comment vous appelez-vous ?
Ma gorge était nouée. J’ai dû me forcer à respirer avant de répondre d’une voix tremblante :
— So… Sophie.
L’air dans la cabine de l’ascenseur devenait de plus en plus lourd
comme si les murs se refermaient lentement sur moi. Le bruit des câbles métalliques au-dessus de ma tête semblait m’écraser sous son poids. Chaque seconde paraissait interminable. Le chiffre trois clignotait de manière moqueuse sur le tableau de bord, et j’étais obsédée par cette lumière. Soudain, un tremblement sec secoua l’ascenseur et les lumières s’éteignirent, me plongeant dans un noir total. Le silence qui suivit était lourd et oppressant, comme une couverture étouffante. Mon cœur s’emballa instantanément, et la peur de l’obscurité, que je croyais enfouie en moi, refit surface plus forte que jamais.
Je pouvais entendre chaque bruit amplifié par le vide autour de moi, chaque grincement de métal me paraissant insupportable. Je ne savais pas ce qui se passait à l’extérieur, ni combien de temps j’allais rester coincée ici. La panique m’envahit. Mon cœur battait si fort que je l’entendais dans mes oreilles. La sensation de claustrophobie me serrait la gorge et mes mains moites glissaient sur la barre d’appui. Je fermai les yeux, espérant que cela m’aiderait à calmer ma respiration.
Puis des bruits sourds résonnèrent dans le couloir. Des pas pressés, des voix étouffées par le métal. Quelqu’un frappa à la porte, sa voix rassurante, bien que lointaine, résonna : « Tout ira bien, Sophie, reste calme. On va te sortir de là. » Mais cela ne fit qu’aggraver ma panique. Et si l’ascenseur tombait soudainement ? Et si je restais piégée dans ce noir, seule, pour toujours ? Une pensée insupportable m’envahit.
Soudain, un grand fracas retentit. La cabine chuta légèrement, puis oscilla violemment. Le sol sembla disparaître sous mes pieds. Mon cri résonna dans l’espace clos de l’ascenseur, et je m’agrippai désespérément aux parois métalliques. Les voix derrière la porte s’affolèrent. Des ordres, des instructions s’échangeaient précipitamment via des talkies-walkies. Une voix grave, autoritaire, s’éleva : « Accroche-toi, ça va secouer ! » J’avais l’impression que tout allait se terminer là, que le sol allait s’effondrer sous mes pieds.
« Respire lentement, Sophie, mets-toi à genoux », entendis-je à nouveau, cette fois dans le haut-parleur. La voix du technicien, calme et posée, tentait de me rassurer, mais l’attente était insoutenable. Mon souffle se coupait, mes pensées étaient confuses, et le temps semblait s’étirer à l’infini. Chaque mouvement me semblait plus difficile que le précédent. Je fermai les yeux, espérant retrouver un peu de calme, mais l’angoisse me rongeait à chaque instant.
Finalement, je m’accroupis lentement, suivant les instructions. Le temps passait, interminable, et je sentais la panique monter encore. Mais alors, un léger bruit provenant de l’extérieur attira mon attention. Des voix lointaines. Est-ce que c’étaient les secours ? Ou était-ce un rêve ?
Sophie, vous m’entendez ?
— Oui.
— Il faut que vous restiez calme, mais ça va prendre un peu plus de temps que prévu pour vous sortir de là. Surtout, ne bougez pas et essayez de vous accroupir doucement.
J’essaie de suivre les consignes, mais mon cœur bat trop vite, comme s’il voulait s’échapper de ma poitrine. Mes mains tremblent tandis que je sors mon téléphone de ma poche. Pas de signal. Génial… Je pense à allumer la lampe pour me rassurer, mais je me retiens. Je dois économiser la batterie au cas où.
Assise sur le sol froid de la cabine, je ferme les yeux et tente de me calmer. « Respire, Sophie… Tout ira bien. » Je me répète ces mots en boucle, mais l’angoisse continue de me serrer la gorge.
Les minutes passent. Longues. Silencieuses. Oppressantes. Une demi-heure, peut-être plus. Toujours aucun bruit venant de l’extérieur. Et si personne ne venait ? Et si je restais bloquée ici pendant des heures, voire des jours ? Et si l’air venait à manquer ?
Ma respiration se fait plus rapide. La panique monte comme une vague que je ne peux plus stopper. Des perles de sueur glissent sur mon front. J’ai envie de crier, de marteler les parois métalliques, mais ma gorge est trop serrée. Mes pensées se bousculent, sombres, irrationnelles.
Un grincement me fait sursauter. L’ascenseur tremble violemment. Mon sang se glace. Je m’accroche au mur, les yeux grands ouverts. « Non… Non, non, non ! » Je ne veux pas mourir ici ! Pas comme ça !
De l’autre côté, les secours me parlent. Ils me disent de rester calme, de m’accrocher. Mais comment rester calme quand chaque seconde semble me rapprocher du vide ?